La démocratie n’est pas soluble dans les marchés

La démocratie est une vieille et en principe bonne manière de vivre ensemble. Une manière qui a son prix – depuis l’antiquité, l’histoire regorge de morts pour ou à cause de la démocratie –, une manière dictée par un idéal élevé, mais souvent mal transmise, « Embrassez la démocratie ou on vous bombarde », ou encore décrétée pour faire joli – suivez ces jours mon regard vers l’est.

Je peux m’accommoder des aléas de la démocratie, m’en réjouir ou en pleurer, tant qu’elle reste dans son rôle, réussi ou pas.

Ce que je n’admets pas, c’est le recyclage de la démocratie, ou plutôt de son petit nom. Je suis consternée quand je lis que la numérisation démocratise le savoir, que le luxe, le chocolat, la culture, les transports aériens… se démocratisent. En Belgique, le hockey est l’objet d’une semi-démocratisation financière, comprenne qui pourra.

La démocratie, c’est le pouvoir exercé par le peuple, ce n’est pas le pouvoir que donne l’argent. Dire que la pratique du tennis s’est démocratisée depuis quelques décennies est une utilisation corrompue du mot. Le mot ou l’expression justes seraient par exemple « popularisée », « généralisée », « devenue accessible financièrement », « banalisée », « élargie au plus grand nombre »…

Oui, la langue est vivante, elle doit évoluer et elle évolue, mais elle doit le faire dans le sens d’un enrichissement. Dans le cas mentionné ici, celui du mot démocratie et de ses dérivés, s’il ne s’agissait « que » d’une question de vocabulaire, on pourrait en sourire, on n’en est plus à une approximation près, mais confondre démocratie et accessibilité, c’est dégrader un principe vital pour le réduire à une dimension mercantile. Et tout ça par le seul pouvoir de mots mal compris et mal placés, au détriment des idées.

C’est notre rôle à nous, professionnels de l’écrit, de veiller au juste choix des mots. Et vous pouvez compter sur nous, nous veillons !

Michèle Thonney Viani
Février 2024

 

Académie des écrivains publics de Suisse